En 2022, un film a fait le tour du monde : The Woman King.
Viola Davis en générale au crâne rasé. Des guerrières qui courent, sautent, se battent à la machette. Un royaume africain puissant, fier, organisé. Des millions de spectateurs sont sortis des salles avec une question : "Attends... ça a vraiment existé ?"
Oui. Ça a vraiment existé. Ici, au Bénin.
Mais la vraie histoire est à la fois plus fascinante, plus complexe et plus troublante que le film. Voici ce qu'il faut savoir sur les Amazones du Dahomey.
Le Dahomey en deux minutes
Le royaume du Dahomey s'est développé à partir du XVIIe siècle sur le plateau d'Abomey, dans le sud de l'actuel Bénin.
Ce qu'il faut savoir :
- C'était un royaume très centralisé, avec une administration
organisée et une armée puissante.
- Ses rois résidaient à Abomey, où l'on peut encore visiter les
Palais royaux, inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO.
- Il a été l'une des grandes puissances de la région pendant près de
deux siècles.
- Il a été conquis par la France à la fin du XIXe siècle, après une
résistance acharnée menée notamment par le roi Béhanzin.
C'est dans ce royaume qu'est né l'un des corps militaires les plus célèbres de l'histoire : les femmes soldates du Dahomey.
Qui étaient les Agojié ?
Les Européens les ont appelées "Amazones", en référence aux guerrières de la mythologie grecque. Mais au Dahomey, on les désignait par d'autres noms, dont Agojié (ou Agoodjié) et Mino, un mot souvent traduit par "nos mères".
Ce qu'on sait :
- C'était un corps militaire entièrement féminin, intégré à l'armée
royale.
- Leurs origines sont discutées par les historiens. Certains les font
remonter à des gardes du palais ou à des chasseuses d'éléphants au XVIIe ou XVIIIe siècle.
- Elles se sont fortement développées au XIXe siècle, notamment sous
le roi Ghézo.
- Selon les estimations, elles ont pu compter plusieurs milliers de
femmes à leur apogée.
- Elles vivaient dans le palais royal et étaient considérées
officiellement comme des épouses du roi, ce qui les plaçait dans une position très particulière.
Comment elles étaient entraînées
Les témoignages de visiteurs européens de l'époque décrivent un entraînement impressionnant :
- Des exercices physiques intenses
- Des démonstrations où elles franchissaient des barrières d'épines
- Un entraînement au maniement des armes : fusils, coutelas, massues
- Une discipline stricte et une grande loyauté envers le roi
- Un entraînement pour résister à la douleur et à la peur
Elles étaient organisées en différentes unités, avec des spécialités (par exemple des tireuses, des chasseuses, des soldates armées de lames).
Plusieurs observateurs européens les considéraient comme les meilleures troupes de l'armée du Dahomey.
Leurs grandes batailles
Les Agojié ont participé à de nombreuses campagnes militaires du royaume au XIXe siècle.
Leur combat le plus célèbre reste celui contre l'armée française, pendant les guerres de 1890 à 1894. Face à des soldats équipés d'armes modernes, elles se sont battues avec un courage que même leurs adversaires ont reconnu dans leurs écrits.
Le royaume a fini par tomber. Béhanzin a été exilé. Mais les récits de ces combats ont traversé le temps.
Fun fact : l'une des dernières Agojié connues, une femme nommée Nawi, serait morte en 1979, à un âge très avancé. Autrement dit, des témoins directs de cette histoire vivaient encore il n'y a pas si longtemps.
The Woman King : ce que le film montre bien
Le film réalisé par Gina Prince-Bythewood a le grand mérite de :
- Faire découvrir au monde entier l'existence des Agojié
- Montrer un royaume africain puissant et organisé
- Mettre en avant des héroïnes africaines fortes, complexes, humaines
- Donner une place centrale à des actrices noires dans un film
d'action à gros budget
Pour beaucoup de jeunes filles africaines et afrodescendantes, voir ces guerrières à l'écran a été un moment de fierté immense.
Ce que le film arrange (et pourquoi ça a fait débat)
The Woman King est une fiction inspirée de faits réels, pas un documentaire. Et certaines libertés prises ont fait débat.
- Le rôle du Dahomey dans la traite C'est le point le plus sensible. Historiquement, le royaume du Dahomey a participé à la traite atlantique : il capturait des prisonniers lors de ses guerres et en vendait une partie aux négriers européens, sur la côte, notamment à Ouidah. Le film présente une version où le Dahomey cherche à s'éloigner de ce commerce, ce que de nombreux historiens jugent très éloigné de la réalité de l'époque.
- Le personnage du roi Ghézo Dans le film, le roi apparaît comme un souverain qui se laisse convaincre de changer. En réalité, Ghézo a longtemps été impliqué dans la traite.
- Les personnages principaux Les héroïnes du film sont des personnages inventés, même s'ils s'inspirent de ce qu'on sait des Agojié.
Ces débats ne retirent rien à la valeur du film. Mais ils rappellent une chose importante : l'histoire africaine mérite d'être connue dans toute sa complexité, avec ses gloires et ses parts d'ombre. Comme l'histoire de tous les peuples.
Pourquoi cette histoire compte aujourd'hui
- Elle montre que des femmes africaines ont occupé des rôles
militaires de premier plan, bien avant que ce soit accepté ailleurs
- Elle rappelle que l'Afrique précoloniale avait des États puissants
et organisés
- Elle invite à regarder l'histoire avec honnêteté, sans l'embellir
ni la noircir
- Elle offre aux jeunes filles des modèles de courage
À Cotonou, une statue monumentale d'une Amazone a été inaugurée en
- Le symbole est fort : ces femmes sont redevenues une fierté nationale.
D'autres femmes guerrières et reines africaines à connaître
Les Agojié ne sont pas un cas isolé. L'histoire africaine est pleine de femmes de pouvoir :
- La reine Amina de Zazzau (actuel Nigeria), cheffe militaire
- La reine Nzinga du Ndongo et du Matamba (actuel Angola), qui a tenu
tête aux Portugais
- Yaa Asantewaa, reine mère ashanti, qui a mené la résistance contre
les Britanniques en 1900
- La reine Tassi Hangbè, qui aurait régné sur le Dahomey au début du
XVIIIe siècle
- Makeda, reine de Saba, dans la tradition éthiopienne
- Taytu Betul, impératrice d'Éthiopie, aux côtés de Ménélik II
Combien de ces noms connaissiez-vous avant de lire cet article ?
Comment faire découvrir cette histoire aux enfants
- Regardez The Woman King avec les ados (le film est violent, vérifiez
la classification selon l'âge), puis discutez des différences entre le film et l'histoire
- Visitez les Palais royaux d'Abomey
- Racontez aux plus jeunes l'histoire de ces femmes avec des mots
simples
- Jouez à des quiz sur les reines et les rois africains
Gamafrica Afrique, le jeu de 150 quiz de Glim (présenté à droite de cette page), met en jeu plusieurs de ces grandes figures féminines et masculines de l'histoire africaine. Le genre de jeu où, au détour d'une question, un enfant découvre que Tassi Hangbè, Amina et Makeda ont existé. Et où les adultes découvrent qu'ils ne les connaissaient pas non plus.
Petite pause humour
Après avoir vu The Woman King, une petite fille de 9 ans déclare à ses parents : "Plus tard, je serai Agojié." Son père : "Il faudra beaucoup d'entraînement." Elle : "Je commence demain. Et je vais m'entraîner sur mon frère."
Visiter les lieux de l'histoire des Agojié au Bénin
Si vous voulez marcher sur les traces des Amazones du Dahomey, voici quelques lieux à découvrir (vérifiez toujours les horaires et conditions de visite avant de vous déplacer) :
Abomey
- Les Palais royaux d'Abomey, inscrits au patrimoine mondial de
l'UNESCO, cœur politique de l'ancien royaume
- Les bas-reliefs qui racontent l'histoire des rois et de leurs
batailles
Ouidah
- La Route des Esclaves et la Porte du Non-Retour, pour comprendre la
part sombre de l'histoire du royaume et de la traite atlantique
- Le musée d'histoire de Ouidah
Cotonou
- La statue monumentale de l'Amazone, inaugurée en 2022
Une visite préparée à l'avance, avec quelques lectures ou un documentaire, rend l'expérience beaucoup plus forte, surtout pour les enfants et les ados.
Le retour des trésors d'Abomey
En 1892, lors de la conquête du royaume, l'armée française a emporté de nombreux objets des palais royaux d'Abomey : trônes, statues, portes sculptées.
Pendant plus d'un siècle, ces objets sont restés en France. En 2021, après de longues discussions, la France a restitué au Bénin 26 œuvres issues de ces trésors royaux.
Ce retour a été un moment d'émotion nationale. Pour beaucoup de Béninois, c'était la première fois qu'ils pouvaient voir, dans leur propre pays, des objets liés à l'histoire du Dahomey.
Le débat sur la restitution des œuvres africaines conservées dans les musées européens continue aujourd'hui, et concerne de nombreux pays du continent.
Questions fréquentes
The Woman King est-il adapté aux enfants ? Le film contient des scènes de combat violentes. Il est plutôt adapté aux adolescents. Vérifiez la classification dans votre pays et regardez-le avec eux pour pouvoir en discuter.
Les Agojié étaient-elles les seules femmes soldates d'Afrique ? Elles sont les plus célèbres, mais l'histoire africaine compte d'autres femmes de guerre et reines combattantes, comme Amina de Zazzau, Nzinga ou Yaa Asantewaa.
Le saviez-vous ?
- Le mot "Amazones" vient de la mythologie grecque, où il désignait un
peuple légendaire de femmes guerrières. Les Européens l'ont appliqué aux soldates du Dahomey.
- Des visiteurs européens du XIXe siècle ont laissé des descriptions
détaillées des défilés et des démonstrations militaires des Agojié à Abomey.
- Après la conquête, certaines anciennes Agojié ont continué à vivre
au Bénin pendant des décennies, et des chercheurs ont pu recueillir des témoignages.
3 questions pour lancer le débat en famille après le film
- "Pourquoi, à ton avis, le film a-t-il changé certains faits historiques ?"
- "Est-ce qu'on peut être fier d'une histoire qui a aussi des parts sombres ?"
- "Quelles autres femmes de l'histoire africaine mériteraient un film ?"
Ces questions ouvrent des discussions riches, surtout avec les ados. Elles apprennent à regarder un film avec un esprit critique, sans perdre la fierté.
Ce qu'il faut retenir
- Les Agojié étaient un corps de femmes soldates du royaume du Dahomey,
dans l'actuel Bénin
- Elles étaient redoutées et ont combattu jusqu'à la conquête française
des années 1890
- The Woman King est une fiction inspirée de leur histoire, avec des
libertés qui ont fait débat, notamment sur la traite
- L'histoire africaine mérite d'être racontée avec fierté ET honnêteté
- Beaucoup d'autres reines et guerrières africaines méritent d'être
connues
Elles se faisaient appeler "nos mères". Plus d'un siècle après leur dernier combat, elles restent les mères d'une fierté que toute une nation est en train de redécouvrir.
Amina, Nzinga, Tassi Hangbè, Makeda : vos enfants connaissent-ils les reines d'Afrique ? Gamafrica Afrique, 150 quiz pour les découvrir en famille. Commandez sur WhatsApp via le bouton à droite.

