# Auteurs béninois : ceux à faire lire à ses enfants (et à lire soi-même)

Le Bénin a longtemps été surnommé le « Quartier latin de l'Afrique ». Ce surnom, hérité de l'époque coloniale, venait du nombre de lettrés, d'enseignants et d'intellectuels que le pays formait. Il dit quelque chose de vrai : le Bénin a une tradition littéraire ancienne et riche, qui a donné quelques-uns des premiers romans de l'Afrique francophone.

Pourtant, beaucoup de Béninois, et encore plus d'enfants de la diaspora, connaissent mal les auteurs de leur pays. Les programmes scolaires, en Afrique comme en Europe, leur laissent peu de place. Les livres sont parfois difficiles à trouver.

Voici un tour d'horizon des auteurs béninois à connaître, des pionniers aux contemporains, avec des indications pour savoir à quel âge les faire découvrir. Certains livres sont pour les adultes, d'autres pour les adolescents, d'autres encore pour les plus jeunes.

Les pionniers : quand le Bénin écrivait ses premiers romans

Félix Couchoro

Né à Ouidah au début du XXe siècle, Félix Couchoro est l'un des tout premiers romanciers de l'Afrique francophone. Son roman « L'Esclave », publié en 1929, est souvent cité parmi les premiers romans écrits en français par un auteur africain. Il a ensuite publié de nombreux romans, souvent sous forme de feuilletons dans la presse, notamment au Togo où il a vécu une grande partie de sa vie.

Pour qui : adultes et grands adolescents curieux d'histoire littéraire. Ses romans témoignent de la société côtière de son époque.

Paul Hazoumé

Paul Hazoumé était à la fois écrivain, ethnologue et homme politique. Son roman « Doguicimi », publié en 1938, se déroule à la cour du royaume du Danhomè, à Abomey, au XIXe siècle. Il raconte l'histoire de Doguicimi, épouse d'un prince capturé à la guerre, qui reste fidèle à son mari au péril de sa vie.

Le roman est nourri de ses recherches sur les coutumes, les rites et l'organisation du royaume. C'est une plongée fascinante dans l'histoire d'Abomey, écrite par un auteur qui connaissait intimement les traditions qu'il décrivait. Hazoumé a aussi publié une étude ethnographique sur le pacte de sang au Dahomey.

Pour qui : à partir de 15 ou 16 ans pour les bons lecteurs. Le style est exigeant, mais le récit est puissant, et c'est une excellente porte d'entrée vers l'histoire des rois d'Abomey et des Amazones du Dahomey.

La génération des indépendances

Olympe Bhêly-Quénum

Olympe Bhêly-Quénum est l'une des grandes figures de la littérature béninoise. Son premier roman, « Un piège sans fin », paru en 1960, l'année de l'indépendance, raconte le destin tragique d'Ahouna, un homme dont la vie bascule dans une spirale de malheurs. Le roman interroge le destin, la jalousie, la culpabilité et la justice.

Son roman suivant, « Le Chant du lac », a été récompensé par le Grand prix littéraire d'Afrique noire. Il met en scène des croyances liées à un lac et aux divinités qui l'habitent, et le choc entre tradition et modernité.

Pour qui : à partir de 15 ans. « Un piège sans fin » est souvent étudié au lycée en Afrique francophone.

Jean Pliya

Jean Pliya est l'un des auteurs béninois les plus lus par les élèves d'Afrique francophone. Enseignant, homme politique et écrivain, il a écrit des nouvelles, des contes et du théâtre.

Son recueil de nouvelles « L'Arbre fétiche » rassemble des récits courts et forts, qui mettent en scène les tensions entre les croyances traditionnelles et le monde moderne. Sa pièce « Kondo le requin » est consacrée au roi Béhanzin et à sa résistance face à la conquête coloniale française. Kondo, le requin, faisait partie des noms et symboles associés au roi.

Pour qui : dès 12 ou 13 ans pour les nouvelles, qui sont une excellente porte d'entrée vers la littérature béninoise. « Kondo le requin » est idéal pour les adolescents qui s'intéressent à l'histoire de Béhanzin.

Stanislas Adotevi

Philosophe et essayiste, Stanislas Adotevi est connu pour son essai critique « Négritude et négrologues », publié au début des années 1970, qui a fait débat en remettant en cause certains aspects du mouvement de la négritude.

Pour qui : adultes et étudiants intéressés par les débats intellectuels africains.

Albert Tévoédjrè

Homme politique et intellectuel, Albert Tévoédjrè est l'auteur de « La Pauvreté, richesse des peuples », un essai sur le développement qui a connu un large écho à la fin des années 1970.

Pour qui : adultes intéressés par les questions de développement.

Les auteurs contemporains

Florent Couao-Zotti

Florent Couao-Zotti est l'un des romanciers béninois contemporains les plus connus. Il est aussi nouvelliste, dramaturge et scénariste de bande dessinée. Ses romans, souvent situés à Cotonou, dépeignent la vie urbaine avec énergie, humour et noirceur : les quartiers populaires, la débrouille, les trafics, la politique.

Parmi ses romans figurent « Notre pain de chaque nuit » ou « Si la cour du mouton est sale, ce n'est pas au porc de le dire », dont le titre reprend un proverbe.

Pour qui : adultes et grands adolescents, en fonction des titres, certains abordant des thèmes durs.

Adélaïde Fassinou

Romancière et femme politique, Adélaïde Fassinou fait partie des voix féminines importantes de la littérature béninoise. Ses romans abordent notamment la condition des femmes et les réalités sociales du pays.

Pour qui : adultes et adolescents.

La nouvelle génération

La littérature béninoise continue de se renouveler. De jeunes auteurs publient des romans, des nouvelles, des essais et des recueils de chroniques, souvent chez des éditeurs installés au Bénin. Des structures comme les Éditions Beninlivres, ou les rencontres et journées consacrées au livre béninois, contribuent à les faire connaître. Suivre ces éditeurs et ces événements est une bonne manière de découvrir de nouvelles voix.

Les auteurs pour la jeunesse

Béatrice Lalinon Gbado

Béatrice Lalinon Gbado est une figure majeure de la littérature jeunesse au Bénin. Autrice de nombreux albums pour enfants, elle a fondé à Cotonou les Éditions Ruisseaux d'Afrique, qui publient depuis des années des livres ancrés dans les cultures béninoises et africaines.

Parmi ses ouvrages, un album réalisé avec Christelle Ouassa et illustré par Claude Adjaka explore le langage des pagnes : leurs motifs, les proverbes qui leur sont associés, la manière de les porter. Un beau livre à lire en famille.

Pour qui : dès 5 ou 6 ans selon les titres, et pour les parents.

Hodall Béo

Hodall Béo est l'auteur de « Donami à la découverte du Bénin », publié par les Éditions Ruisseaux d'Afrique. Recommandé à partir de 9 ans, ce livre suit un écolier qui découvre son pays à travers un projet de classe, et aborde à la fois l'histoire, la géographie, la nature et la diversité culturelle du Bénin.

Pour qui : de 9 à 12 ans. L'un des livres les plus complets pour faire découvrir le Bénin à un enfant. Pour d'autres idées, consultez notre sélection de livres sur le Bénin pour enfants.

Les illustrateurs

La littérature jeunesse repose aussi sur le talent des illustrateurs. Le Bénin compte plusieurs illustrateurs et dessinateurs de bande dessinée reconnus, dont les images accompagnent albums et manuels. Prêter attention à leurs noms, c'est aussi découvrir tout un pan de la création béninoise.

Comment faire découvrir ces auteurs à ses enfants

Commencer par les contes et les albums

Pour les plus jeunes, les contes et les albums d'autrices comme Béatrice Lalinon Gbado sont le meilleur point de départ. Ils installent l'idée que les histoires peuvent venir du Bénin.

Passer par les nouvelles

À l'adolescence, les nouvelles de Jean Pliya sont une transition idéale : courtes, accessibles, fortes. Elles permettent de découvrir la littérature béninoise sans se lancer dans un long roman.

Relier la lecture à l'histoire

Un adolescent qui s'intéresse aux Amazones ou à Béhanzin appréciera « Kondo le requin » ou « Doguicimi ». La lecture devient alors un prolongement naturel de sa curiosité. Pour préparer le terrain, lisez notre article sur la culture béninoise expliquée aux enfants.

Lire en même temps qu'eux

Proposez à votre adolescent de lire le même livre que vous, puis d'en discuter. C'est une façon de partager un moment et de découvrir ensemble la littérature de votre pays.

Emporter un livre en voyage

Un séjour au Bénin est l'occasion idéale de lire un auteur béninois. Lire « Doguicimi » avant de visiter les palais d'Abomey donne une tout autre profondeur à la visite. Retrouvez nos idées pour lire avant un voyage au Bénin.

Où trouver ces livres

Les classiques de la littérature béninoise sont souvent disponibles chez les grands éditeurs de littérature africaine et dans les librairies spécialisées. Certains titres sont épuisés et se trouvent d'occasion. Au Bénin, les librairies de Cotonou et de Porto-Novo, ainsi que les foires du livre, offrent un large choix, notamment pour les auteurs contemporains et la littérature jeunesse.

La tradition orale, avant l'écrit

Avant les romans, il y avait la parole. Au Bénin, comme dans toute l'Afrique de l'Ouest, la littérature a d'abord été orale : contes, proverbes, devinettes, chants, récits historiques, généalogies récitées. Les conteurs, les chanteurs et les anciens étaient les gardiens de cette mémoire.

À la cour d'Abomey, l'histoire des rois, leurs noms forts et leurs exploits étaient conservés et transmis par la parole et le chant. Dans les villages, les contes du soir transmettaient aux enfants les valeurs, l'humour et la sagesse de la communauté. Les chants du Guèlèdè, reconnus par l'UNESCO, font aussi partie de ce patrimoine oral.

Les auteurs béninois se sont souvent nourris de cette tradition. Paul Hazoumé s'appuie sur ses recherches auprès des anciens pour écrire « Doguicimi ». Jean Pliya puise dans les croyances et les contes pour ses nouvelles. Béatrice Lalinon Gbado fait entrer dans ses albums des proverbes et des traditions transmis oralement.

Pour les enfants, cette dimension est importante : elle montre que la littérature ne se limite pas aux livres. Les histoires racontées par une grand-mère, les proverbes de la famille, les chansons du village sont aussi de la littérature. Encouragez vos enfants à recueillir ces récits auprès de leurs aînés, à les écrire, à les illustrer. Ils deviendront ainsi, à leur manière, des passeurs de mémoire.

Questions fréquentes

Q: Quel est le premier roman béninois ? R: « L'Esclave » de Félix Couchoro, publié en 1929, est souvent cité comme l'un des premiers romans écrits en français par un auteur africain, et parmi les premiers romans béninois.

Q: Quel livre béninois lire au lycée ? R: « Un piège sans fin » d'Olympe Bhêly-Quénum, les nouvelles de « L'Arbre fétiche » de Jean Pliya et la pièce « Kondo le requin », consacrée au roi Béhanzin, sont des lectures classiques pour les lycéens.

Q: Qui sont les auteurs béninois pour la jeunesse ? R: Béatrice Lalinon Gbado, fondatrice des Éditions Ruisseaux d'Afrique, est une figure majeure de la littérature jeunesse béninoise. Hodall Béo, auteur de « Donami à la découverte du Bénin », fait aussi partie des auteurs à découvrir.

Q: Pourquoi appelait-on le Bénin le « Quartier latin de l'Afrique » ? R: À l'époque coloniale, le Dahomey, ancien nom du Bénin, formait de nombreux enseignants, cadres et intellectuels qui travaillaient dans toute l'Afrique de l'Ouest francophone, d'où ce surnom inspiré du quartier étudiant de Paris.

Une bibliothèque à construire

Construire une petite bibliothèque d'auteurs béninois à la maison, c'est offrir aux enfants la preuve que leur pays a une voix, une mémoire et des histoires à raconter. Commencez par un album, un conte, une nouvelle. Le reste suivra, au fil des années et des curiosités.