Il est 19 heures. Le repas n'est pas encore prêt. Sur la table, un cahier ouvert, une gomme qui a disparu et un enfant qui soupire : « Je n'y arrive pas. » Le parent se penche, prend le crayon… et dix minutes plus tard, c'est lui qui a fait l'exercice.
Cette scène est très courante. Elle part d'une bonne intention : aider, gagner du temps, éviter les pleurs. Mais à force, l'enfant apprend surtout une chose : quand c'est difficile, quelqu'un d'autre s'en occupe.
Bonne nouvelle : il existe une façon d'aider qui soutient vraiment l'enfant, sans y passer toute la soirée et sans faire le travail à sa place.
La réponse rapide
Pour aider son enfant pour les devoirs sans faire à sa place, le parent peut :
- organiser** : un moment fixe, un endroit calme, le matériel prêt ;
- faire comprendre** : relire la consigne ensemble, poser des questions plutôt que donner la réponse ;
- laisser essayer** : accepter les erreurs et les tentatives ;
- vérifier à la fin, sans tout corriger ;
- encourager l'effort, pas seulement la bonne note ;
- prévenir l'enseignant si les devoirs deviennent trop longs ou trop difficiles.
Le rôle du parent ressemble plus à celui d'un entraîneur qu'à celui d'un joueur.
Accompagner, corriger, faire à la place : quelle différence ?
Ces trois mots se ressemblent, mais ils ne produisent pas du tout le même effet.
Accompagner
Accompagner, c'est créer les bonnes conditions et guider par des questions. Le parent est présent, disponible, mais c'est l'enfant qui réfléchit et qui écrit.
Exemple : « Qu'est-ce que la consigne te demande ? Qu'est-ce que tu sais déjà sur ce sujet ? »
Corriger
Corriger, c'est regarder le travail terminé et aider l'enfant à repérer ses erreurs. C'est utile, à condition de ne pas tout réécrire soi-même.
Exemple : « Il y a une erreur dans cette ligne. Est-ce que tu peux la trouver ? »
Faire à la place
Faire à la place, c'est donner la réponse, écrire pour l'enfant ou terminer l'exercice. Sur le moment, cela soulage tout le monde. Mais l'enseignant ne voit plus ce que l'enfant a réellement compris, et l'enfant perd une occasion d'apprendre.
Les chercheurs qui ont étudié l'implication des parents dans les devoirs, notamment dans une grande synthèse publiée en 2008 par Patall, Cooper et Robinson, observent une tendance : l'aide qui soutient l'autonomie de l'enfant (organiser, encourager, guider) semble plus utile qu'une aide très directive ou contrôlante. Les résultats varient selon l'âge et la manière d'aider, mais le message général est clair : aider, oui ; prendre la place, non.
Étape 1 : organiser le moment des devoirs
Beaucoup de disputes autour des devoirs viennent de l'organisation, pas de l'exercice lui-même.
Choisir un moment régulier
Un enfant qui sait que les devoirs se font « après le goûter » ou « avant le repas du soir » discute moins. Le moment dépend de la famille : certains enfants ont besoin de jouer un peu en rentrant, d'autres préfèrent s'y mettre tout de suite.
Un point important : un enfant très fatigué apprend mal. Si l'école finit tard ou si le trajet est long, il vaut mieux prévoir une pause avant.
Trouver un endroit calme
Pas besoin d'un bureau. Une table de cuisine, un coin de la véranda ou une natte peuvent suffire, à condition que :
- la télévision soit éteinte ou loin ;
- le téléphone ne soit pas à portée de main, sauf s'il sert pour le devoir ;
- la lumière soit suffisante, surtout quand il fait nuit tôt ou en cas de coupure (une lampe rechargeable peut rendre service).
Dans les logements où plusieurs enfants partagent la même pièce, on peut installer un petit rituel : chacun sa place, voix basse pendant vingt minutes, puis pause.
Préparer le matériel
Crayons taillés, gomme, règle, cahiers, manuels : le fait de tout avoir avant de commencer évite les allers-retours et les excuses.
Étape 2 : aider à comprendre la consigne
Souvent, « je n'y arrive pas » veut dire « je n'ai pas compris ce qu'on me demande ».
Quelques questions simples aident l'enfant à démarrer seul :
- « Lis la consigne à voix haute. »
- « Avec tes mots, qu'est-ce qu'il faut faire ? »
- « As-tu fait un exercice qui ressemble à celui-là en classe ? »
- « Qu'est-ce que tu sais déjà ? Par quoi pourrais-tu commencer ? »
Si l'enfant bloque vraiment, le parent peut montrer un exemple différent de l'exercice, puis laisser l'enfant faire le sien. Par exemple, pour une addition posée, faire ensemble 23 + 14 sur un brouillon, puis laisser l'enfant faire seul 35 + 42.
Quand le parent ne connaît pas la méthode
Il arrive que la méthode enseignée soit différente de celle que le parent a apprise. C'est fréquent en mathématiques, ou pour les familles de la diaspora dont les enfants suivent un autre programme. Il vaut mieux ne pas imposer « sa » méthode, qui peut embrouiller l'enfant. On peut demander : « Comment la maîtresse vous a-t-elle montré ? » ou regarder la leçon dans le cahier.
Et quand on ne sait pas, on peut le dire. « Je ne sais pas, on va chercher ensemble » est aussi une leçon précieuse.
Étape 3 : laisser l'enfant essayer
C'est l'étape la plus difficile pour les parents. Voir son enfant hésiter, se tromper, recommencer, demande de la patience.
Pourtant, c'est pendant ces essais que l'enfant apprend. Quelques repères :
- Rester à côté sans prendre le crayon. Le parent peut faire autre chose tout près : trier le riz, lire, préparer le repas.
- Accepter les erreurs. Une erreur montre à l'enseignant ce qu'il doit réexpliquer. Un devoir parfait fait par un adulte cache cette information.
- Découper en petites étapes. Un long exercice peut être partagé : « Fais les trois premières lignes, puis on regarde. »
- Prévoir des pauses. Pour un enfant de primaire, de courtes périodes de travail entrecoupées de pauses fonctionnent souvent mieux qu'une heure d'affilée.
Étape 4 : vérifier sans tout corriger
À la fin, un rapide coup d'œil suffit souvent. Il ne s'agit pas de rendre un travail sans faute, mais de s'assurer que l'enfant a fait ce qui était demandé.
Quelques bonnes pratiques :
- demander à l'enfant de relire lui-même d'abord ;
- signaler une zone où il y a une erreur, sans dire laquelle ;
- laisser certaines erreurs, pour que l'enseignant voie où en est l'enfant ;
- vérifier que le cahier est rangé dans le sac pour le lendemain.
Étape 5 : encourager l'effort
Les mots comptent. Dire « Tu es intelligent » fait plaisir, mais dire « Tu as cherché longtemps et tu as trouvé » aide l'enfant à comprendre que l'effort paie.
Quelques phrases utiles :
- « Tu t'es trompé, puis tu as recommencé. C'est comme ça qu'on apprend. »
- « Hier tu avais du mal avec ça. Aujourd'hui, tu l'as fait presque seul. »
- « Quelle partie était la plus difficile ? Comment tu t'en es sorti ? »
Adapter l'aide à l'âge de l'enfant
Au primaire (environ 6-11 ans) L'enfant a besoin de plus de présence. Le parent peut aider à lire la consigne, à s'organiser et à vérifier. Les devoirs devraient rester courts. Pour les leçons à apprendre, on peut les transformer en jeu : poser des questions en marchant, faire réciter en tapant dans les mains, inventer une petite chanson.
Au collège (environ 11-15 ans) L'enfant doit peu à peu gérer seul son agenda. Le parent peut vérifier une fois par semaine le cahier de textes, aider à planifier les contrôles, puis s'effacer progressivement. L'adolescent a surtout besoin de savoir qu'il peut demander de l'aide.
Et le répétiteur ?
Au Bénin, beaucoup de familles font appel à un répétiteur. Cela peut être une vraie aide, surtout quand les parents rentrent tard ou ne maîtrisent pas certaines matières.
Pour que ce soutien soit utile, les mêmes principes s'appliquent : le répétiteur doit expliquer et faire travailler l'enfant, pas remplir le cahier à sa place. Il est utile de lui demander de temps en temps ce que l'enfant comprend bien et ce qui reste difficile.
Un grand frère, une grande sœur, un cousin étudiant ou une voisine enseignante peuvent aussi jouer ce rôle. Ce n'est pas une question de budget, mais de méthode.
Quand les devoirs deviennent un problème
Il faut en parler avec l'enseignant si :
- les devoirs prennent chaque soir beaucoup plus de temps que prévu ;
- l'enfant pleure ou se met en colère presque tous les jours ;
- il ne comprend jamais les consignes, même simples ;
- il semble avoir du mal à lire, à se concentrer ou à retenir, malgré les efforts.
Ces signes ne veulent pas dire que l'enfant est paresseux. Ils peuvent révéler une difficulté d'apprentissage, un problème de vue ou d'audition, de la fatigue ou un souci à l'école. L'enseignant, puis si besoin un professionnel de santé, peut aider à y voir plus clair.
Checklist des devoirs du soir
- Un moment régulier, après une petite pause
- Un endroit calme, sans télé ni téléphone
- Le matériel prêt avant de commencer
- Relire la consigne ensemble
- Des questions plutôt que des réponses
- L'enfant tient le crayon
- Des pauses courtes
- Une vérification rapide à la fin
- Des encouragements sur l'effort
- Un message à l'enseignant si ça coince souvent
En résumé
Aider son enfant pour les devoirs, ce n'est pas avoir toutes les réponses. C'est lui donner un cadre, l'aider à comprendre ce qu'on attend de lui, et lui laisser l'espace pour essayer. Les erreurs font partie du chemin.
Un devoir un peu imparfait, fait par l'enfant lui-même, vaut mieux qu'un devoir parfait fait par un adulte. Parce que demain, en classe, c'est lui qui sera face à la feuille.
Questions fréquentes
Combien de temps un enfant doit-il passer sur ses devoirs ? Il n'existe pas de durée unique valable pour tous. Cela dépend de l'âge, de l'école et du programme. Si les devoirs semblent beaucoup trop longs pour l'âge de l'enfant, il vaut mieux en parler avec l'enseignant.
Faut-il corriger toutes les erreurs avant que l'enfant rende son devoir ? Non. Laisser quelques erreurs permet à l'enseignant de voir ce que l'enfant n'a pas encore compris. Le parent peut aider l'enfant à relire et à repérer certaines erreurs lui-même.
Mon enfant refuse de faire ses devoirs. Que faire ? Il est utile de chercher la raison : fatigue, incompréhension, ennui, peur de se tromper, souci à l'école. Un moment fixe, des petites étapes et des encouragements aident souvent. Si le refus dure, un échange avec l'enseignant est recommandé.
Je ne comprends pas la leçon de mon enfant. Comment l'aider ? Vous pouvez l'aider à relire la leçon, lui demander de vous l'expliquer, et chercher ensemble dans le manuel. L'enfant apprend beaucoup en expliquant. Si le blocage persiste, un mot à l'enseignant est la meilleure solution.
Sources
- Education Endowment Foundation, « Homework » (Teaching and Learning Toolkit) : https://educationendowmentfoundation.org.uk/education-evidence/teaching-learning-toolkit/homework
- Education Endowment Foundation, « Parental engagement » (Teaching and Learning Toolkit) : https://educationendowmentfoundation.org.uk/education-evidence/teaching-learning-toolkit/parental-engagement
- Patall E. A., Cooper H., Robinson J. C., « Parent Involvement in Homework: A Research Synthesis », Review of Educational Research, 2008 : https://doi.org/10.3102/0034654308325185
- Cooper H., Robinson J. C., Patall E. A., « Does Homework Improve Academic Achievement? A Synthesis of Research, 1987–2003 », Review of Educational Research, 2006 : https://doi.org/10.3102/00346543076001001
