# Jeux d'enfance au Bénin : ce à quoi jouaient nos parents dans les cours

Demandez à un adulte qui a grandi au Bénin ce qu'il faisait après l'école. Il vous parlera peut-être d'un ballon fait de sachets plastiques, d'une voiture en fil de fer poussée avec une longue tige, d'un cercle d'enfants qui chantent en frappant dans leurs mains, d'une partie d'adjito sous le manguier. Ses yeux brilleront.

Ces jeux n'avaient besoin ni de piles, ni d'écran, ni d'argent. Ils se fabriquaient avec ce qu'on trouvait, se transmettaient de grand frère à petit frère, de cour en cour. Aujourd'hui, beaucoup ont disparu du quotidien des enfants, remplacés par les téléphones et les tablettes.

Cet article est un petit voyage dans les souvenirs d'enfance de nombreux Béninois. Il s'adresse à ceux qui ont joué à ces jeux et veulent s'en souvenir, et à ceux qui veulent les transmettre à leurs enfants, au pays comme dans la diaspora.

La cour, le premier terrain de jeu

Un espace partagé

Dans beaucoup de maisons au Bénin, la vie s'organise autour de la cour. C'est là qu'on cuisine, qu'on lave, qu'on discute, qu'on reçoit. Et c'est là que jouent les enfants. Dans les concessions familiales ou les cours communes, les enfants de plusieurs familles grandissent ensemble, sous le regard de tous les adultes.

Des bandes d'enfants

Les jeux se jouaient rarement seul. Frères, sœurs, cousins, voisins formaient des bandes qui inventaient leurs propres règles, leurs propres codes, leurs propres chansons. Les plus grands apprenaient aux plus petits. Les disputes se réglaient entre enfants, ou sous l'arbitrage d'une grand-mère.

Les jouets fabriqués

C'est peut-être la partie la plus touchante de ces souvenirs : les jouets que les enfants fabriquaient eux-mêmes.

Les voitures en fil de fer

Avec du fil de fer récupéré, des capsules de bouteille, des morceaux de sandales en plastique découpés en rondelles pour les roues, les garçons surtout construisaient des voitures, des camions, des motos. Certains passaient des jours à perfectionner leur modèle, en copiant les véhicules qu'ils voyaient dans la rue. Une longue tige fixée à l'avant, parfois avec un petit volant, permettait de les diriger en courant.

Les plus habiles devenaient célèbres dans le quartier. On venait leur demander d'en fabriquer une, parfois contre quelques pièces.

Le ballon de chiffon ou de sachets

Faute de vrai ballon, on en fabriquait un. Des chiffons ou des sachets plastiques serrés en boule, ficelés avec soin, et le match pouvait commencer. Les buts étaient marqués par deux sandales ou deux pierres. Les matchs duraient jusqu'à ce qu'on appelle les enfants pour manger, ou que le ballon se défasse.

Le cerceau

Une vieille jante de vélo, un cercle de métal ou un pneu, que l'on faisait rouler avec un bâton en courant à côté : le cerceau pouvait occuper un enfant pendant des heures. Les courses de cerceaux dans la rue faisaient partie du paysage.

Les poupées

Les filles fabriquaient souvent leurs poupées avec des morceaux de tissu, des épis de maïs, du bois ou de l'argile. Elles les habillaient de chutes de pagne, les portaient dans le dos comme leurs mères portaient les bébés, leur préparaient des repas imaginaires.

La dînette

Justement, la dînette était un grand classique. Avec des boîtes de conserve, des capsules, des feuilles, du sable et de l'eau, les enfants préparaient de vrais repas imaginaires : pâte, sauce, beignets. Parfois, on allumait même un petit feu, sous la surveillance d'un adulte, pour cuire vraiment quelque chose.

Les lance-pierres

Chez les garçons, le lance-pierre, fabriqué avec une branche en forme de Y et une chambre à air, était un objet de fierté. On s'entraînait à viser des cibles, des fruits dans les arbres, sous le regard sévère des adultes quand les tirs s'égaraient.

Les jeux chantés et dansés

Les rondes des filles

Dans les cours et à l'école, les filles surtout jouaient à des jeux chantés. En cercle, elles chantaient des chansons dans leur langue ou en français, en frappant dans les mains, en sautant, en exécutant des gestes précis. Certaines chansons se terminaient par un saut ou un pas de danse, et celle qui se trompait était éliminée ou devait aller au centre.

Ces jeux développaient une incroyable maîtrise du rythme. Beaucoup de femmes se souviennent encore des paroles et des gestes, des décennies plus tard.

La corde à sauter

Seule ou à plusieurs, avec une corde en fibre ou une vieille corde à linge, la corde à sauter s'accompagnait de comptines. Deux filles tenaient la corde, les autres entraient et sortaient en rythme.

L'élastique

Plus récent, le jeu de l'élastique consistait à sauter par-dessus et entre des élastiques tendus entre les jambes de deux joueuses, à des hauteurs de plus en plus grandes.

Les jeux d'adresse et de stratégie

L'adjito

Sous un arbre, devant une maison, sur un plateau de bois ou dans des trous creusés dans le sable, les parties d'adjito rassemblaient petits et grands. Les enfants apprenaient en regardant les adultes, puis jouaient entre eux. Les meilleurs joueurs du quartier étaient respectés. Pour réapprendre les règles, lisez notre article sur les règles de l'adjito.

Les billes et les noyaux

Avec des billes, quand on en avait, ou avec des noyaux de fruits et des petites graines, on jouait à viser, à pousser, à gagner les billes de l'adversaire. Les poches pleines de billes étaient un signe de richesse enfantine.

Les jeux de cailloux

Avec cinq petits cailloux, on jouait à des jeux proches des osselets : lancer un caillou en l'air, ramasser les autres avant de le rattraper, de plus en plus vite. Ces jeux demandaient une grande dextérité.

Les jeux du soir

Les contes

Le soir, après le repas, quand la chaleur tombait, les enfants se rassemblaient autour d'un ancien pour écouter des contes. Les histoires de la tortue rusée, de l'araignée malicieuse, des animaux de la brousse, des rois et des orphelins se succédaient. Les enfants connaissaient souvent les histoires par cœur, mais les réécoutaient toujours avec le même plaisir.

Les devinettes

Les contes étaient souvent précédés ou suivis de devinettes. L'ancien posait une énigme, les enfants cherchaient la réponse. Celui qui trouvait gagnait le droit de poser la suivante. Ces devinettes faisaient travailler l'esprit et le vocabulaire.

Les jeux de clair de lune

Les soirs de pleine lune, quand on y voyait presque comme en plein jour, les enfants restaient dehors plus longtemps. On jouait à cache-cache, à des jeux de poursuite, à des rondes chantées. Beaucoup gardent de ces nuits un souvenir particulièrement tendre.

Ce que ces jeux nous ont appris

L'ingéniosité

Fabriquer ses propres jouets avec des objets de récupération, c'était apprendre à observer, à imaginer, à bricoler, à réparer. Une ingéniosité que beaucoup ont gardée toute leur vie.

La vie en groupe

Jouer en bande apprenait à négocier, à partager, à respecter des règles, à régler les conflits, à accueillir les plus petits.

Le lien avec la culture

Les chansons en langues nationales, les contes, les devinettes, les jeux traditionnels transmettaient une culture, des valeurs, une façon de voir le monde, sans qu'on s'en rende compte.

Transmettre ces jeux aujourd'hui

Raconter ses souvenirs

La première chose à faire est simple : raconter. Dites à vos enfants à quoi vous jouiez, comment vous fabriquiez vos jouets, quelles chansons vous chantiez. Les enfants adorent imaginer leurs parents enfants.

Fabriquer ensemble

Fabriquez avec eux une voiture en fil de fer, un ballon de chiffon, une poupée de tissu. Ce sont des activités créatives, sans écran, qui leur font découvrir votre enfance. Pour d'autres idées d'activités, lisez notre article pour occuper les enfants sans écran.

Apprendre les chansons

Si vous vous souvenez d'une chanson de ronde, apprenez-la à vos enfants. Demandez aux grands-parents, aux tantes, aux cousines de vous aider à retrouver les paroles.

Rejouer en famille

Une partie d'adjito, une soirée de devinettes, un match de foot avec un ballon fait maison : ces jeux peuvent revivre en famille, pendant les vacances, les fêtes ou les week-ends. Pour les familles de la diaspora, c'est aussi une façon de faire entrer le pays à la maison, comme nous l'expliquons dans notre article sur la manière de fêter Noël en diaspora.

Profiter des séjours au pays

Lors d'un séjour au Bénin, les enfants de la diaspora découvrent souvent ces jeux avec leurs cousins. Encouragez-les à participer, à apprendre les règles, à fabriquer leurs propres jouets.

Les jeux de l'école

L'école était un autre grand terrain de jeu. Pendant la récréation, dans la cour souvent en sable ou en terre battue, les enfants reprenaient les jeux de la maison et en inventaient d'autres.

Les garçons organisaient des matchs de football improvisés, parfois avec des dizaines de joueurs sur un même terrain. Les filles formaient des cercles pour les jeux chantés, sautaient à la corde ou à l'élastique. Les jeux de billes et de cailloux se jouaient accroupis, à l'ombre d'un mur.

Il y avait aussi les petits commerces de la récréation : les vendeuses installées à l'entrée de l'école avec leurs beignets, leurs bonbons, leurs arachides grillées, leurs sachets de jus glacé. Quelques pièces en poche, et la récréation devenait une fête. Beaucoup d'adultes se souviennent encore du goût de ces friandises, et du nom de la vendeuse.

Le chemin de l'école, souvent parcouru à pied et en groupe, était lui aussi l'occasion de jeux : courses, devinettes, défis, chansons. On traînait un peu, on s'arrêtait pour ramasser une mangue tombée, on inventait des histoires. Pour beaucoup, ces trajets restent parmi les souvenirs les plus joyeux de l'enfance.

Questions fréquentes

Q: À quoi jouaient les enfants au Bénin autrefois ? R: À des jeux de stratégie comme l'adjito, à des jeux chantés et dansés, à la corde à sauter, aux billes, aux jeux de cailloux, au football avec des ballons de chiffon, et avec des jouets fabriqués à la main comme les voitures en fil de fer, les cerceaux et les poupées de tissu.

Q: Comment fabriquer une voiture en fil de fer ? R: Il faut du fil de fer souple, une pince, et des capsules ou des rondelles de plastique pour les roues. On forme d'abord le châssis, puis la carrosserie, et on fixe une longue tige à l'avant pour la diriger. Un adulte doit accompagner l'enfant pour les manipulations de la pince et du fil.

Q: Pourquoi les jeux traditionnels disparaissent-ils ? R: Avec l'arrivée des téléphones, des tablettes et des jeux vidéo, les enfants jouent moins aux jeux d'autrefois. L'urbanisation et la réduction des espaces de jeu y contribuent aussi.

Q: Comment transmettre les jeux de son enfance à ses enfants ? R: En racontant ses souvenirs, en fabriquant des jouets avec eux, en leur apprenant les chansons et les règles, et en jouant régulièrement en famille.

Des souvenirs à faire revivre

Les jeux d'enfance au Bénin sont bien plus que des passe-temps. Ils racontent une époque, une ingéniosité, une façon de grandir ensemble. Les transmettre à nos enfants, c'est leur offrir un peu de notre enfance, et leur montrer qu'on peut s'amuser énormément avec presque rien. Pour découvrir l'ensemble des jeux du pays, lisez notre guide des jeux traditionnels béninois.