# Noël entre deux cultures : fêter en diaspora sans oublier le pays
Il y a un moment, chaque mois de décembre, que beaucoup de parents de la diaspora connaissent bien. Les vitrines s'illuminent, les enfants parlent du Père Noël, du sapin, des chants appris à l'école. Et quelque part, une petite voix intérieure demande : et chez nous, comment c'était, déjà ? Est-ce que mes enfants le sauront un jour ?
Fêter Noël loin du pays, c'est vivre entre deux mondes. D'un côté, les traditions du pays où l'on vit, que les enfants adoptent naturellement. De l'autre, celles du pays d'origine, qui demandent un effort pour exister. Il n'y a pas à choisir. Il y a à composer.
Cet article s'adresse aux familles africaines installées en Europe, en Amérique du Nord ou ailleurs, et particulièrement aux familles béninoises. Il ne propose pas de recette miracle, mais des pistes concrètes pour que Noël devienne un pont entre les deux cultures plutôt qu'un rappel de la distance.
Le pincement de décembre
Une fête qui réveille le pays
Pour beaucoup d'adultes de la diaspora, décembre fait remonter des souvenirs précis : l'harmattan, les habits neufs, la messe bondée, le marché Dantokpa noir de monde, la cour pleine de cousins, les pétards du 31. Ces images reviennent avec plus de force quand on est loin, surtout les années où l'on ne peut pas rentrer.
Ce pincement est normal. Il dit simplement que le pays compte. Et il peut devenir une ressource : ce que vous ressentez, vos enfants ne le ressentiront que si vous leur donnez des images et des histoires auxquelles s'accrocher.
Des enfants qui ont une autre enfance
Vos enfants n'ont pas grandi au pays. Leur Noël, c'est peut-être le sapin de l'école, le marché de Noël du quartier, la neige ou la pluie froide. C'est leur réalité, et elle n'a rien de moins précieux. Le but n'est pas de remplacer leur Noël par le vôtre, mais de lui ajouter une profondeur : celle d'une histoire familiale qui vient d'ailleurs.
Mêler deux cultures plutôt que choisir
Accepter le mélange
Il n'y a pas de « bon » Noël de diaspora. Certaines familles gardent un sapin et un repas très européens, avec un plat du pays au milieu. D'autres font l'inverse. D'autres encore inventent quelque chose de complètement nouveau. Toutes ont raison, tant que les enfants comprennent qu'ils héritent de deux histoires.
La table comme terrain d'entente
Le repas est souvent l'endroit le plus simple pour mêler les cultures. Un poulet préparé comme au pays à côté d'une bûche de Noël, un riz en sauce servi avec les chocolats, une boisson maison aux côtés du jus de pomme : la table raconte la double appartenance de la famille sans avoir besoin de discours.
Faites participer les enfants à la préparation du plat du pays. Racontez-leur qui le préparait quand vous étiez petits, dans quelle maison, pour quelle occasion. Un plat raconté a meilleur goût.
Les habits de fête
La tradition des habits neufs pour les fêtes, très présente au Bénin et dans de nombreux pays d'Afrique de l'Ouest, peut facilement voyager. Une tenue en pagne commandée à un tailleur au pays ou confectionnée sur place, portée le jour de Noël ou lors d'une fête de la communauté, devient pour l'enfant un signe de fierté. Laissez-le choisir le tissu : il la portera avec d'autant plus de plaisir.
Créer vos propres traditions
Les traditions ne tombent pas du ciel. Elles ont toutes été inventées un jour par une famille qui a décidé de refaire la même chose l'année suivante. Vous pouvez inventer les vôtres.
Le rendez-vous avec le pays
Choisissez un moment fixe pendant les fêtes pour appeler la famille restée au pays : le matin de Noël, le soir du réveillon. Préparez les enfants à l'avance : ils peuvent montrer leurs cadeaux, chanter, raconter leur année. Entre le Bénin et la France, la Belgique ou la Suisse, il n'y a pas de décalage horaire en hiver : vous pouvez même faire le compte à rebours du Nouvel An ensemble.
Les histoires du soir
Pendant les vacances de fin d'année, instaurez une histoire du soir sur le pays. Un souvenir d'enfance, un conte, l'histoire d'un ancêtre, la légende d'un roi. Pas besoin d'être un grand conteur : les enfants aiment surtout entendre la voix de leurs parents parler de ce qu'ils ont vécu.
Le chant ou la prière de la famille
Beaucoup de familles béninoises chrétiennes ont grandi avec des chants de Noël en fon, en goun ou dans d'autres langues. Si vous en connaissez un, apprenez-le à vos enfants. Chanté chaque année, il deviendra leur chant de Noël, celui qu'ils transmettront à leur tour.
Les vœux de janvier
Au Bénin, on présente ses vœux à chaque personne que l'on voit pour la première fois de l'année, parfois jusqu'à la fin janvier. Expliquez cette tradition à vos enfants et faites-la vivre : appeler chaque oncle, chaque tante, chaque grand-parent pour souhaiter la bonne année est une façon simple de maintenir les liens.
Transmettre sans forcer
C'est la grande question de beaucoup de parents de la diaspora : comment transmettre la culture sans que les enfants ne vivent cela comme une corvée ?
Éviter le cours magistral
Un enfant à qui l'on dit « tu dois connaître ton pays » se ferme souvent. Un enfant à qui l'on propose un jeu, une histoire, une recette ou un voyage s'ouvre. La transmission passe mieux par le plaisir que par l'obligation.
Partir de sa curiosité
Observez ce qui intéresse votre enfant. S'il aime les animaux, parlez-lui du parc de la Pendjari. S'il aime les histoires de guerriers, racontez-lui les Amazones du Dahomey. S'il aime la cuisine, faites-lui goûter les plats du pays. Chaque enfant a sa porte d'entrée.
Des objets qui racontent
Les objets du quotidien peuvent porter une part de la culture. Un tableau du pays accroché dans le salon, un plateau d'adjito sur l'étagère, des livres où les héros lui ressemblent.
Pour les plus jeunes, le coloriage est une porte d'entrée particulièrement douce. Koluma Bénin Vol. 1, par exemple, propose 20 illustrations du pays à colorier : le palais d'Abomey, les Amazones, le masque Guèlèdè, le marché Dantokpa, les Tata Somba. Pendant que l'enfant colorie, le parent raconte. « Tu vois ce roi ? Il s'appelait Béhanzin. » La culture passe par la main autant que par l'oreille.
Des soirées qui mélangent les générations
Les vacances de Noël sont souvent le moment où la famille élargie se retrouve, même en diaspora : oncles, cousins, amis de la communauté. Les jeux de société sont une façon simple de réunir tout le monde. Un quiz sur l'Afrique comme Gamafrica Afrique, avec ses questions à trois choix, permet aux enfants nés en Europe et aux adultes nés au pays de jouer ensemble, chacun apportant ce qu'il sait. Vous trouverez d'autres idées dans notre sélection de jeux de société pour Noël en famille.
Les années où l'on rentre au pays
Un Noël au Bénin, une expérience à préparer
Pour beaucoup de familles de la diaspora, certains Noëls se passent au pays. Pour un enfant qui a grandi ailleurs, c'est une expérience forte : la chaleur, la foule, les membres de la famille qu'il ne connaît que par téléphone, les codes qu'il ne maîtrise pas encore.
Préparer l'enfant change tout. Montrez-lui des photos des lieux et des personnes qu'il va rencontrer. Apprenez-lui quelques salutations. Parlez-lui de ce qui va le surprendre. Pour vous aider, lisez notre article sur la manière de préparer ses enfants à leur premier voyage au pays, et découvrez comment se vit Noël en famille au Bénin.
Et les années où l'on ne rentre pas
Les billets d'avion en décembre sont chers, et toutes les familles ne peuvent pas rentrer chaque année. Ce n'est pas un échec. Les années « ici » peuvent être aussi riches que les années « là-bas », si le pays s'invite à la maison à travers la table, les appels, les histoires et les jeux.
Quand les enfants posent des questions difficiles
Tôt ou tard, un enfant de la diaspora posera des questions : « Pourquoi on n'habite pas au Bénin ? » « Est-ce que je suis français ou béninois ? » « Pourquoi mamie ne parle pas comme nous ? »
Accueillir la question
Ces questions ne sont pas des problèmes, ce sont des signes de réflexion. Répondez simplement, honnêtement, sans dramatiser. Expliquez pourquoi la famille vit là où elle vit, ce que cela apporte, ce que cela coûte parfois.
Valoriser la double appartenance
Dites à votre enfant qu'il a la chance d'hériter de deux histoires, deux cultures, parfois deux langues. Il n'a pas à choisir entre elles. Il peut aimer le sapin et le pagne, les chants de l'école et ceux de sa grand-mère. Cette richesse est une force.
S'appuyer sur la communauté
Dans de nombreuses villes d'Europe et d'Amérique du Nord, les communautés béninoises et africaines organisent des événements pendant les fêtes : arbres de Noël associatifs pour les enfants, messes dans les langues du pays, repas communautaires, soirées culturelles. Y participer permet aux enfants de rencontrer d'autres enfants qui partagent la même double culture, et de se sentir moins seuls dans leur différence.
Ces rencontres sont aussi précieuses pour les parents. On y échange des idées, des recettes, des adresses de tailleurs ou de boutiques africaines, des conseils pour transmettre la langue. Et pour les familles éloignées de leurs proches, elles recréent un peu de l'ambiance de la grande famille du pays.
Si aucun événement n'existe près de chez vous, pourquoi ne pas en organiser un, même modeste ? Quelques familles, un repas partagé, des jeux pour les enfants, un peu de musique du pays : il n'en faut pas plus pour créer une tradition.
Questions fréquentes
Q: Comment fêter Noël quand on vit loin de sa famille africaine ? R: En mêlant les deux cultures : un plat du pays sur la table, un appel vidéo à heure fixe avec la famille, des habits de fête en pagne, des histoires du pays racontées aux enfants et des traditions familiales que l'on répète chaque année.
Q: Comment transmettre la culture béninoise à des enfants nés en Europe ? R: Par le plaisir plutôt que l'obligation : la cuisine, les histoires, les jeux, les livres, les coloriages, la musique, la langue et les voyages au pays. Partir des centres d'intérêt de l'enfant rend la transmission plus naturelle.
Q: Mon enfant refuse de s'intéresser à ses origines, que faire ? R: Évitez d'insister ou de faire la leçon. Proposez plutôt des activités qui lui plaisent déjà, en y glissant une dimension culturelle, et laissez la curiosité venir avec le temps. Beaucoup d'enfants s'intéressent davantage à leurs origines à l'adolescence.
Q: Faut-il rentrer au pays chaque année pour Noël ? R: Non. Un Noël au pays est une expérience précieuse, mais les années passées ailleurs peuvent aussi être riches si le pays est présent à la maison à travers la table, les appels, les histoires et les jeux.
Deux cultures, une seule famille
Fêter Noël en diaspora, ce n'est pas vivre à moitié la culture d'ici et à moitié celle de là-bas. C'est construire quelque chose de nouveau, propre à votre famille, qui emprunte aux deux. Vos enfants ne vivront pas le Noël de votre enfance. Mais ils peuvent vivre un Noël où votre enfance a toute sa place.
Pour aller plus loin, découvrez nos idées cadeaux culturels pour les enfants, et nos activités pour le réveillon à faire en famille.

