Cléopâtre. Élisabeth Ire. Marie-Antoinette. Catherine de Russie.
Ces reines-là, tout le monde les connaît. Films, séries, livres, manuels scolaires : elles sont partout.
Mais demandez autour de vous : "Qui était la reine Nzinga ?" "Et Amina de Zazzau ?" "Et Yaa Asantewaa ?"
Souvent, silence.
Pourtant, l'Afrique a vu naître des reines extraordinaires. Des guerrières qui menaient leurs armées. Des diplomates qui tenaient tête aux puissances européennes. Des bâtisseuses de royaumes. Des résistantes jusqu'au dernier souffle.
Voici 12 d'entre elles. Préparez-vous à avoir des frissons.
Petite note : pour certaines de ces reines, notamment les plus anciennes, l'histoire se mêle à la tradition orale et à la légende. Les historiens ne sont pas toujours d'accord sur les détails. Mais leur place dans la mémoire africaine, elle, est incontestable.
1. Makeda, la reine de Saba (tradition éthiopienne)
La plus légendaire de toutes.
Dans la tradition éthiopienne, notamment dans le Kebra Nagast (la "Gloire des rois"), la reine de Saba s'appelle Makeda. Elle aurait rendu visite au roi Salomon à Jérusalem, et de leur union serait né Ménélik Ier, fondateur d'une dynastie qui a régné sur l'Éthiopie pendant des siècles.
La reine de Saba est aussi revendiquée par la tradition yéménite. Mais pour les Éthiopiens, elle est l'une des mères de la nation.
Pourquoi elle compte : elle est le symbole d'une Afrique ancienne, riche, sage et respectée par les plus grands rois du monde antique.
2. Amanirenas, la reine borgne qui a défié Rome (Kouch)
Au Ier siècle avant notre ère, la reine (kandake) Amanirenas régnait sur le royaume de Kouch, dans l'actuel Soudan.
Quand l'Empire romain, maître de l'Égypte, a voulu s'étendre vers le sud, elle a résisté. Selon les récits antiques, elle aurait perdu un œil au combat. Ses troupes ont même attaqué des positions romaines.
Le conflit s'est terminé par un traité jugé favorable à Kouch.
Pourquoi elle compte : à une époque où Rome écrasait presque tout sur son passage, une reine africaine lui a tenu tête.
3. Amina de Zazzau (actuel Nigeria)
Au XVIe siècle, dans la cité-État haoussa de Zazzau (aujourd'hui la région de Zaria), la reine Amina est entrée dans la légende comme une grande cheffe militaire.
Selon la tradition :
- Elle a mené de nombreuses campagnes militaires
- Elle a élargi le territoire et l'influence de Zazzau
- Elle aurait fait construire des murs de protection autour de
villes, parfois appelés encore aujourd'hui "murs d'Amina"
Pourquoi elle compte : au Nigeria, elle est un symbole de courage et de leadership féminin. Des écoles, des statues et des œuvres portent son nom.
4. Nzinga Mbandi (actuel Angola)
Si vous ne deviez retenir qu'une seule reine, ce serait peut-être elle.
Au XVIIe siècle, Nzinga a régné sur les royaumes du Ndongo et du Matamba, dans l'actuel Angola, face à la colonisation portugaise.
Ce qu'on raconte sur elle :
- Diplomate redoutable, elle a négocié directement avec les Portugais.
Selon une anecdote célèbre, lors d'une rencontre où on ne lui avait pas proposé de siège, une de ses servantes se serait mise à genoux pour lui servir de siège, afin qu'elle reste à la même hauteur que le gouverneur.
- Stratège militaire, elle a mené une résistance pendant des
décennies.
- Elle a su former des alliances, y compris avec les Hollandais,
pour affaiblir les Portugais.
Pourquoi elle compte : elle incarne l'intelligence politique et la résistance face à la colonisation.
5. Tassi Hangbè (royaume du Dahomey, actuel Bénin)
Chez nous, au Bénin, l'histoire de Tassi Hangbè a longtemps été oubliée, voire effacée.
Selon plusieurs traditions, elle aurait régné sur le Dahomey au début du XVIIIe siècle, jumelle du roi Akaba, à qui elle aurait succédé. On lui attribue parfois un rôle dans la création ou le développement du corps des femmes soldates, les Agojié.
Son règne a été peu mis en avant par la tradition officielle de la cour royale, qui aurait préféré passer sous silence le pouvoir d'une femme. Mais aujourd'hui, son histoire est redécouverte et célébrée.
Pourquoi elle compte : elle rappelle que l'histoire est parfois écrite par ceux qui choisissent quoi retenir. Et qu'il est temps de réécrire.
6. Yaa Asantewaa (Empire ashanti, actuel Ghana)
En 1900, le gouverneur britannique de la Côte-de-l'Or exige qu'on lui remette le Tabouret d'or, symbole sacré de l'âme du peuple ashanti.
Les chefs hésitent. C'est alors que Yaa Asantewaa, reine mère d'Ejisu, se lève. Selon la tradition, elle aurait déclaré que si les hommes ne se battaient pas, les femmes le feraient.
Elle prend la tête de la résistance. La "guerre de Yaa Asantewaa" dure plusieurs mois. Elle est finalement capturée et exilée aux Seychelles, où elle meurt.
Mais le Tabouret d'or ne sera jamais pris par les Britanniques.
Pourquoi elle compte : elle est l'une des dernières grandes figures de la résistance armée en Afrique de l'Ouest, et un symbole puissant au Ghana.
7. Taytu Betul (Éthiopie)
Épouse de l'empereur Ménélik II, l'impératrice Taytu était une stratège politique et militaire de premier plan.
Elle s'est fermement opposée à un traité avec l'Italie qui, dans sa version italienne, faisait de l'Éthiopie un protectorat. Elle a joué un rôle important dans la préparation de la guerre, jusqu'à la célèbre victoire d'Adoua en 1896, où l'armée éthiopienne a battu l'armée italienne.
On lui attribue aussi un rôle dans la fondation d'Addis-Abeba, dont le nom signifie "nouvelle fleur".
Pourquoi elle compte : sans elle, l'histoire de l'indépendance éthiopienne aurait peut-être été différente.
8. Ranavalona Ire (Madagascar)
Au XIXe siècle, la reine Ranavalona Ire a régné sur le royaume de Madagascar pendant plus de trente ans.
Elle s'est opposée à l'influence européenne grandissante et a cherché à préserver l'indépendance et les traditions de son royaume.
Son règne reste débattu par les historiens, notamment pour sa dureté. Mais elle incarne une volonté farouche d'indépendance face aux puissances coloniales.
9. Ndaté Yalla Mbodj (royaume du Waalo, actuel Sénégal)
Au XIXe siècle, la linguère (reine) Ndaté Yalla a dirigé le royaume du Waalo, dans le nord de l'actuel Sénégal.
Elle s'est opposée à l'expansion coloniale française et a défendu l'autorité de son royaume face aux pressions extérieures.
Au Sénégal, elle est aujourd'hui une figure de fierté, et sa statue se dresse à Dakar.
10. Nandi (royaume zoulou)
Nandi était la mère du célèbre roi Shaka Zulu. Rejetée, humiliée, elle a élevé seule son fils dans des conditions difficiles.
Shaka lui vouait un amour immense. Quand elle est devenue reine mère, elle a eu une grande influence à la cour.
Pourquoi elle compte : derrière l'un des rois les plus célèbres d'Afrique, il y avait une mère d'une force exceptionnelle.
11. Kandake Amanitore (Kouch)
Une autre grande reine de Kouch, au début de notre ère. Elle est associée à de nombreuses constructions, dont des temples, et apparaît sur les monuments de Méroé aux côtés du roi Natakamani.
Les "kandakes" (ou candaces) de Kouch étaient des reines puissantes, au point que le titre est entré dans les textes anciens, y compris dans la Bible.
12. Les reines d'aujourd'hui
Les reines africaines ne sont pas seulement dans les livres d'histoire. Aujourd'hui, des femmes africaines dirigent des pays, des entreprises, des institutions, des laboratoires.
Ellen Johnson Sirleaf est devenue en 2006 la première femme élue présidente d'un pays africain, au Libéria. Wangari Maathai, Kényane, a reçu le prix Nobel de la paix. Et des millions de femmes, sur les marchés, dans les champs, dans les bureaux, portent chaque jour leur famille et leur pays.
Pourquoi faire connaître ces reines à nos enfants
Parce qu'une petite fille qui sait qu'Amina menait des armées, que Nzinga négociait avec les puissants et que Yaa Asantewaa s'est levée quand les hommes hésitaient, ne se posera jamais la question de savoir si elle a le droit d'être ambitieuse.
Et parce qu'un petit garçon qui connaît ces histoires apprendra à respecter la force des femmes.
Pour les faire découvrir en s'amusant, Gamafrica Afrique, le jeu de 150 quiz de Glim (présenté à droite de cette page), fait apparaître plusieurs de ces grandes figures au détour d'une question. Le genre de découverte qui déclenche la curiosité, et parfois une passion.
Petite pause humour
Une petite fille de 8 ans, après avoir découvert la reine Amina : "Maman, à partir d'aujourd'hui, je veux qu'on m'appelle Reine." La maman : "D'accord, Reine. Maintenant, Reine va ranger sa chambre." La petite fille : "Les reines ont des serviteurs pour ça."
Petit quiz : qui a fait quoi ?
Associez chaque reine à son histoire.
- Elle a résisté à Rome et aurait perdu un œil au combat.
- Elle a négocié avec les Portugais et dirigé la résistance au Ndongo et au Matamba.
- Elle a pris la tête de la guerre pour protéger le Tabouret d'or.
- Elle a régné sur Zazzau et fait construire des murs de protection.
- La tradition éthiopienne en fait la mère de Ménélik Ier.
Réponses : 1. Amanirenas. 2. Nzinga. 3. Yaa Asantewaa. 4. Amina.
- Makeda.
Combien de bonnes réponses ? Faites le test à vos proches.
Questions fréquentes
Où en apprendre plus sur ces reines ? Les livres d'histoire africaine, les documentaires, les musées et certaines séries de l'UNESCO sur les femmes dans l'histoire de l'Afrique sont de bonnes sources.
Le saviez-vous ?
- Le titre "kandake" (ou candace), porté par des reines de Kouch, est
mentionné dans le Nouveau Testament, dans l'épisode d'un fonctionnaire au service de "Candace, reine des Éthiopiens".
- La reine Nzinga est aujourd'hui une héroïne nationale en Angola.
Une statue lui est dédiée à Luanda.
- Au Ghana, Yaa Asantewaa a donné son nom à des écoles et à un
festival, et sa mémoire est célébrée comme celle d'une grande résistante.
- En 2022, une statue monumentale d'une Amazone a été inaugurée à
Cotonou, en hommage aux femmes soldates du Dahomey.
Une activité à faire avec vos filles (et vos fils)
"Ma reine préférée" :
- Chaque enfant choisit une reine de cette liste
- Il cherche trois informations sur elle
- Il la dessine, avec sa couronne, ses armes ou ses symboles
- Il la présente à la famille en deux minutes
À la fin, on vote pour la présentation la plus convaincante. Les dessins peuvent être affichés dans la maison, comme une galerie des reines d'Afrique.
Ce qu'il faut retenir
- L'Afrique a connu de très nombreuses reines puissantes
- Makeda, Amanirenas, Amina, Nzinga, Tassi Hangbè, Yaa Asantewaa,
Taytu Betul et bien d'autres méritent d'être connues
- Certaines histoires mêlent faits historiques et traditions orales
- Transmettre ces histoires construit la confiance des enfants
Leur héritage tient en une phrase : elles se sont levées. À nous de ne pas les laisser tomber dans l'oubli.
Vos enfants connaissent-ils Makeda, Amina ou Tassi Hangbè ? Gamafrica Afrique leur fait découvrir les reines, rois et héros d'Afrique en 150 quiz. Commandez sur WhatsApp via le bouton à droite.

