« Comment s'est passée l'école ? — Bien. — Qu'est-ce que vous avez fait ? — Rien. »
Si cette conversation vous semble familière, rassurez-vous : c'est l'une des plus répandues au monde. Ce n'est pas forcément que l'enfant cache quelque chose. Souvent, il est fatigué, il a faim, ou la question est simplement trop large. Résumer six heures de journée en une phrase, c'est difficile, même pour un adulte.
La solution n'est pas de poser plus de questions. C'est de poser de meilleures questions, au bon moment, et d'écouter vraiment la réponse.
La réponse rapide
Pour qu'un enfant ait envie de raconter sa journée :
- attendre un peu** : laisser le temps de manger, se changer, souffler ;
- poser des questions précises plutôt que « Ça s'est bien passé ? » ;
- choisir une ou deux questions, pas dix ;
- raconter aussi sa propre journée ;
- écouter sans juger ni corriger tout de suite ;
- profiter des moments côte à côte : trajet, cuisine, coucher.
Plus bas, vous trouverez des listes de questions par âge et par thème.
Pourquoi « Ça s'est bien passé ? » ne marche pas
Cette question appelle une réponse courte : oui, non, bien, bof. Elle ne donne aucune prise à la mémoire de l'enfant.
Une question précise, au contraire, réveille un souvenir concret. « Avec qui as-tu joué à la récréation ? » fait revenir une image : un ami, un jeu, un moment. À partir de là, l'enfant peut raconter.
Il y a aussi une question de moment. À la sortie de l'école, beaucoup d'enfants ont besoin de décompresser. Ils ont passé la journée à écouter, à se concentrer, à suivre des règles. Une série de questions dès la porte de la maison peut ressembler à un contrôle de plus.
Choisir le bon moment
Chaque enfant a son rythme. Quelques moments marchent souvent bien :
- pendant le goûter, une fois la faim calmée ;
- sur le trajet, à pied, en zémidjan, en voiture : on est côte à côte, sans se regarder dans les yeux, ce qui rend la parole plus facile ;
- en faisant quelque chose ensemble : écosser des haricots, préparer la pâte, étendre le linge ;
- au moment du coucher, quand la maison est calme. Beaucoup d'enfants se confient le soir, juste avant de dormir.
Pour les parents qui rentrent tard, ou qui vivent loin de leur enfant (parent en déplacement, enfant confié aux grands-parents, parent de la diaspora), un appel vidéo ou un message vocal avec une seule bonne question peut créer ce même moment de partage.
Des questions qui donnent envie de raconter
L'idée n'est pas de toutes les poser. Choisissez-en une ou deux par jour, et changez souvent.
Sur les moments de la journée
- Quel a été le meilleur moment de ta journée ?
- Et le moment le plus difficile ?
- Qu'est-ce qui t'a fait rire aujourd'hui ?
- À quel moment tu t'es ennuyé ?
- Si tu pouvais refaire un moment de la journée, lequel choisirais-tu ?
Sur les amis et les relations
- Avec qui as-tu joué ou parlé à la récréation ?
- Est-ce que quelqu'un a été gentil avec toi aujourd'hui ?
- Est-ce que tu as aidé quelqu'un ?
- Y a-t-il quelqu'un avec qui tu aimerais être ami ?
- Est-ce que quelqu'un était seul aujourd'hui ?
Cette dernière question est intéressante : elle apprend l'empathie et peut aussi révéler si votre enfant se sent lui-même mis à l'écart.
Sur les apprentissages
- Qu'as-tu appris que je ne sais peut-être pas ?
- Peux-tu m'expliquer ce que vous avez fait en maths, comme si j'étais ton élève ?
- Quelle question as-tu posée aujourd'hui ?
- Qu'est-ce qui était facile ? Qu'est-ce qui était dur ?
Demander à l'enfant de « faire le maître » est souvent très efficace : il est fier de montrer ce qu'il sait, et le parent voit ce qui a été compris.
Sur l'enseignant et la classe
- Qu'est-ce que la maîtresse ou le professeur a dit de drôle ou d'intéressant ?
- Qu'est-ce qui rend ta classe différente des autres ?
- Où es-tu assis ? Qui est à côté de toi ?
Des questions amusantes pour détendre
- Si ta journée était un plat, ce serait quoi ?
- Si tu étais l'enseignant demain, que ferais-tu ?
- Quel bruit a-t-on entendu le plus dans ta classe aujourd'hui ?
- Qui a été le « champion » de quelque chose aujourd'hui ?
- Donne une note sur 10 à ta journée. Pourquoi ce chiffre ?
Adapter les questions à l'âge
Pour les 6-8 ans
Les jeunes enfants se souviennent mieux de choses concrètes : un jeu, un goûter, un camarade, une chanson.
- Avec quoi as-tu joué aujourd'hui ?
- Qu'as-tu mangé à midi ?
- Chante-moi une chanson que vous avez apprise.
- Montre-moi un dessin ou un cahier.
On peut aussi utiliser un petit jeu : « Raconte-moi trois choses : une qui t'a fait plaisir, une qui t'a surpris, une qui ne t'a pas plu. »
Pour les 9-11 ans
Les enfants de cet âge commencent à réfléchir sur leurs relations et leurs réussites.
- Qu'est-ce qui t'a rendu fier aujourd'hui ?
- Y a-t-il eu une dispute dans ta classe ? Comment ça s'est terminé ?
- Si tu pouvais changer une règle à l'école, laquelle ?
Pour les 12-15 ans
Les adolescents ont souvent besoin de plus d'espace. Les questions trop directes peuvent les faire fuir.
- Quelle a été l'histoire du jour dans ta classe ?
- Qu'est-ce que tu penses de ce prof ?
- Il s'est passé quelque chose de marquant sur les réseaux avec ta classe ?
- Tu veux en parler maintenant ou plus tard ?
Avec les adolescents, raconter d'abord quelque chose de sa propre journée, sans attendre de réponse, ouvre souvent la porte. Ils parlent parfois au moment où on s'y attend le moins : tard le soir, en cuisine, pendant une course.
Écouter : la moitié la plus importante
Une bonne question ne suffit pas. Ce qui donne envie de revenir raconter, c'est la manière dont l'adulte écoute.
Ce qui aide
- Regarder l'enfant, poser le téléphone.
- Reformuler** : « Donc, Koffi t'a prêté son ballon, et après vous avez fait une équipe ? »
- Montrer de l'intérêt pour les petits détails qui comptent pour lui, même s'ils paraissent sans importance.
- Laisser des silences. Parfois, l'enfant a besoin de quelques secondes pour trouver ses mots.
Les chercheurs du Centre sur le développement de l'enfant de l'université Harvard parlent d'interactions « servir et renvoyer » : l'enfant lance quelque chose, l'adulte répond, et l'échange continue comme une partie de tennis. Ces allers-retours attentifs sont particulièrement étudiés chez les tout-petits, mais le principe reste vrai en grandissant : l'enfant a besoin de sentir que ce qu'il dit reçoit une vraie réponse.
Ce qui ferme la conversation
- Transformer chaque récit en leçon de morale.
- Réagir très fort à un petit incident.
- Se moquer d'un détail qui paraît naïf.
- Enchaîner les questions sans laisser le temps de répondre.
- Aller tout de suite aux notes : « Et le contrôle, combien ? »
Si l'enfant raconte une bêtise ou une erreur, il vaut mieux d'abord remercier : « Merci de me l'avoir dit. » On en parlera calmement ensuite. Un enfant qui se fait gronder à chaque confidence apprend vite à ne plus rien dire.
Raconter sa propre journée
Les enfants apprennent en imitant. Un parent qui raconte, à son tour, un moment drôle, un souci au travail ou une rencontre au marché montre que parler de sa journée est normal.
Par exemple : « Aujourd'hui, au bureau, la coupure de courant a arrêté la réunion. On a fini la discussion dehors, sous l'arbre. C'était bizarre, mais finalement agréable. Et toi, quelque chose de bizarre aujourd'hui ? »
Quand l'enfant ne veut vraiment pas parler
Certains jours, rien ne sort. Ce n'est pas grave. On peut dire : « D'accord, tu me raconteras si tu veux. » Et passer à autre chose.
En revanche, si l'enfant ne veut plus rien dire de l'école pendant longtemps, s'il évite certaines questions, semble triste ou change de comportement, il peut être utile d'en parler avec l'enseignant. Le guide Mon enfant dit qu’il n’aime pas l’école aide à repérer les signes qui méritent attention.
Mini-guide à garder sous la main
- Attendre qu'il ait mangé et soufflé
- Une ou deux questions précises, pas plus
- Profiter du trajet, de la cuisine, du coucher
- Raconter aussi sa journée
- Écouter, reformuler, remercier
- Pas de morale immédiate
- Accepter les jours sans parole
En résumé
Faire parler un enfant de sa journée, ce n'est pas lui faire passer un interrogatoire. C'est lui montrer, jour après jour, que sa vie intéresse quelqu'un. Les meilleures conversations naissent souvent d'une petite question simple, posée au bon moment, et d'un adulte qui écoute vraiment la réponse.
Et parfois, la plus belle histoire de la journée arrive au moment où l'on allait éteindre la lumière.
Questions fréquentes
Mon enfant répond toujours « rien » quand je lui demande ce qu'il a fait. Est-ce normal ? Oui, c'est très fréquent. La question est souvent trop large. Essayez des questions précises, comme « Avec qui as-tu joué ? » ou « Qu'est-ce qui t'a fait rire ? », à un moment où il est détendu.
Combien de questions faut-il poser ? Une ou deux suffisent. Au-delà, l'enfant peut avoir l'impression d'être interrogé. Mieux vaut une vraie conversation courte que dix questions sans réponse.
Mon adolescent ne me raconte plus rien. Que faire ? C'est courant à cet âge. Restez disponible, partagez votre propre journée, profitez des moments côte à côte (trajets, repas, courses) et respectez son besoin d'intimité. Si le silence s'accompagne de tristesse ou d'isolement, parlez-en avec un professionnel.
Comment garder le lien quand on vit loin de son enfant ? Un appel ou un message vocal avec une seule question précise, à heure régulière, peut créer un rituel. Demander à l'enfant de montrer un cahier ou un dessin en vidéo rend l'échange plus vivant.
Sources
- Center on the Developing Child, Harvard University, « Serve and Return » : https://developingchild.harvard.edu/key-concept/serve-and-return/
- UNICEF Australie, « How to talk to your children about bullying » (conseil de prendre des nouvelles quotidiennes, y compris sur les émotions) : https://www.unicef.org.au/stories/how-to-talk-to-your-children-about-bullying
- UNICEF USA, « Back to School : 9 Ways to Support Children's Mental Health » : https://www.unicefusa.org/stories/back-school-9-ways-support-childrens-mental-health
